Les techniques d’identification des essences et des origines géographiques

Techniques d’identification des essences

L’anatomie du bois : Cette méthode relativement simple consiste à examiner la surface d’une coupe de morceau de bois massif à l’aide d’une lentille manuelle ou d’un microscope. La structure des cellules et des pores peut être comparée aux informations de référence pour identifier le genre ou l’espèce. Cette méthode présente des limites importantes. La précision du jugement dépend du niveau de variation entre les espèces et la disponibilité d’images de référence. Elle peut également être onéreuse car elle nécessite la participation prolongée d’anatomistes du bois hautement qualifiés. Des systèmes portables automatisés ont été conçus pour être utilisés par des non-initiés, mais ils en sont au premier stade de développement et, pour l’instant, ils ne peuvent être utilisés qu’avec un nombre limité d’essences. De plus, cette technique ne peut être utilisée que pour des produits en bois solide.

L’analyse des fibres : Elle peut être utilisée pour les produits de pulpe et de papier dont les fibres individuelles de bois sont examinées avec un microscope. Bien qu’il soit rarement possible de reconnaître une essence de cette façon, cette technique peut être utilisée pour établir si un échantillon déclaré comme provenant de forêts plantées, contient en fait du bois provenant de forêts naturelles tropicales.[i]

L’analyse de l’ADN : En théorie, ceci est la méthode la plus fiable pour identifier les essences mais elle est plus couteuse que l’examen de l’anatomie du bois. Elle dépend aussi d’informations de référence incomplètes et de la possibilité de prélever un échantillon d’ADN utilisable à partir d’un produit.

La spectrométrie : Potentiellement moins chère et plus facile que l’analyse de l’ADN ou de l’anatomie du bois, cette technique identifie le bois à partir de la façon dont il réfléchit et absorbe les différentes longueurs d’onde de la lumière. Toutefois, les informations de référence sont encore moins bien développées que pour les autres méthodes.

Établir l’origine géographique

L’analyse de l’AND : En théorie, elle peut être utilisée pour réduire les origines géographiques possibles d’un échantillon d’une essence de bois donnée, en étudiant les variations dans l’ADN des individus d’une même essence en fonction de leur répartition géographique.

L’analyse d’isotopes stables : Elle utilise la variation naturelle dans la proportion de différentes versions d’éléments atomiques telles que le carbone, dans des échantillons individuels de bois. Cette proportion varie en fonction du sol dans lequel pousse le bois.

Ces deux méthodes présentent un gros potentiel mais leur applicabilité est pour l’instant limitée par l’absence de données de référence fiables pour des échantillons dont l’origine géographique est connue. Même lorsque ces données de référence existent, elles peuvent ne pas avoir une résolution suffisante pour déterminer l’origine géographique de façon assez précise pour permettre d’établir la légalité ou l’illégalité. À ce jour, le seul exemple d’utilisation de telles données pour établir la légalité du bois a été l’utilisation d’isotopes pour déterminer si le bois de chêne provient de l’Extrême-Orient russe ou des zones voisines en Chine.[i]

Des bases de données d’isotopes et d’AND ont également été développées pour les essences tropicales les plus commercialisées d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, mais il semble que leur résolution permette au mieux de déterminer seulement le pays d’origine.[ii] Des bases de données suffisantes pour établir le pays d’origine d’un certain nombre d’autres essences tropicales d’Asie et d’Amérique latine, y compris le merbau[iii], le teck et l’acajou[iv] existent aussi. Il reste encore à démontrer que l’analyse de l’ADN ou des isotopes est assez fiable pour établir plus précisément l’origine géographique, comme une région ou une concession. Des tentatives réalisées pour tester la capacité à utiliser ces bases de données pour établir la concession d’origine du merbau en Indonésie[v] et de l’iroko et du sapelli au Cameroun[vi] ont suscité un certain espoir. Cependant, les degrés de confiance obtenus (environ 70%) seraient insuffisants pour des poursuites judiciaires et il reste à savoir s’il serait faisable d’obtenir les niveaux de prélèvement nécessaires pour accroître ce degré de confiance.

À ce jour, dans l’Union européenne, l’identification des essences à partir de l’anatomie du bois coûte environ 100 à 200 dollars américains par échantillon et l’analyse ADN environ 300 à 700 dollars américains.[vii] Les tests isotopiques pour vérifier l’origine coûte également entre 200 et 500 dollars américains par échantillon. Il faut attendre entre plusieurs jours et plusieurs semaines pour obtenir les résultats en fonction de plusieurs facteurs.[viii] Les coordonnées des organismes pouvant réaliser ces tests sont disponibles sur le site www.timberinvestigator.info, où les nouveaux développement concernant ces technologies seront également postés à l’avenir.

[i] EIA, ‘Liquidating the Forests: Hardwood Flooring, Organized Crime, and the World’s Last Siberian Tigers, 2013, http://eia-global.org/images/uploads/EIA_Liquidating_Report__Edits_1.pdf

[ii] Degen, B. & Bouda, H., ‘Verifying timber in Africa’, ITTO Tropical Forest Update 24/1, 2015.

[iii] Double Helix, The State of DNA Technology for Trees and Wood Products, 2011 http://www.illegal-logging.info/sites/default/files/uploads/DoubleHelixAppliedGeneticsForForestsReport072011.pdf

[iv] Scheliha and Zahnen, Genetic and Isotopic Fingerprinting Methods – Practical Tools to Verify the Declared Origin of Wood, Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit, 2010, Page 8

http://www.wwf.de/fileadmin/fm-wwf/Publikationen-PDF/Fingerprinting_conf_rep_EN.pdf

[v] Double Helix, The State of DNA Technology for Trees and Wood Products, 2011 http://www.illegal-logging.info/sites/default/files/uploads/DoubleHelixAppliedGeneticsForForestsReport072011.pdf

[vi] Scheliha and Zahnen, Genetic and Isotopic Fingerprinting Methods – Practical Tools to Verify the Declared Origin of Wood, Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit, 2010, Page 6

http://www.wwf.de/fileadmin/fm-wwf/Publikationen-PDF/Fingerprinting_conf_rep_EN.pdf

[vii] Sur la base des coûts cités par le Thünen Institute sur son site Internet en mars 2016.

[viii] Degen, B. & Bouda, H., ‘Verifying timber in Africa’, ITTO Tropical Forest Update 24/1, 2015.

[i] Adam GrantRuth Nogueron and Craig Hanson, Q&A Fiber Testing-Paper and The Lacey Act, World Resources Institute blog, 2011 http://www.wri.org/blog/2011/01/qa-fiber-testing-paper-and-lacey-act