8. Le suivi des grumes du point de récolte à l’exportation

En 2014, suite à son enquête approfondie sur l’exploitation illégale en Amazonie brésilienne [voir Étude de cas 1], Greenpeace a placé une balise de localisation GPS sur des grumiers utilisés dans l’État du Pará. Cet État est celui qui produit et exporte le plus de bois au Brésil et on estime que les trois quarts du bois qui y est exploité sont illégaux. Les balises, ou traqueurs, émettent des signaux qui peuvent être détectés à distance et suivis dans le temps. Elles ont révélé que les grumiers se déplaçaient vers des forêts publiques reculées pendant la journée et transportaient du bois vers des scieries pendant la nuit. En vérifiant sur les cartes officielles, il a été constaté qu’aucun droit d’exploitation n’avait été accordé pour les zones dans lesquelles les camions prélevaient des grumes. Des vols de reconnaissance effectués par Greenpeace au-dessus des mêmes zones ont permis de rendre compte de l’existence d’un réseau de routes forestières et de camps illégaux.

Greenpeace a ensuite vérifié les enregistrements électroniques pour les scieries qui recevaient les grumes, et vérifié les images satellites, pour trouver des preuves d’exploitation dans les sources déclarées du bois. De nombreux domaines ne présentaient aucun signe d’exploitation et d’autres en présentaient très peu. L’organisation en a conclu que les domaines d’exploitation étaient utilisés comme couverture pour fournir aux scieries les documents leur permettant de blanchir du bois illégal prélevé dans les forêts publiques.

Utilisés de cette façon, les traqueurs GPS peuvent être extrêmement efficaces, mais il ne faut sous-estimer ni l’investissement en temps et l’expertise fournis par Greenpeace, ni les risques qu’ils ont pris. Afin de pouvoir placer les traqueurs sur les grumiers, il a fallu instaurer un niveau de confiance et de familiarité avec les chauffeurs de camions sur plusieurs mois. Il faut aussi noter que les preuves étaient particulièrement efficaces parce qu’elles pouvaient être associées à d’autres données, comme les permis, les données de la chaîne de surveillance, les images satellites et les photos aériennes.[i]

[i] http://www.greenpeace.org.uk/sites/files/gpuk/gp_amz_silent_crimefile_final_dps.pdf