1. La crise silencieuse de l’Amazonie

Étant donné l’ampleur de la récolte et des exportations, Greenpeace a choisi d’examiner la légalité de la récolte d’ipé, essence à forte valeur commerciale, dans l’État de Pará au Brésil. Des preuves, et notamment des dossiers d’infractions ouverts par le gouvernement, indiquaient que s’y déroulaient des activités de blanchiment de bois s’appuyant sur des documents frauduleux.

Pour enquêter sur ce phénomène, Greenpeace a commencé par obtenir toutes les autorisations d’exploitation enregistrées pour l’État de Pará. Une fois exclues les autorisations qui avaient fait l’objet d’une suspension ou qui n’avaient pas encore été approuvées, la liste est passée de 1 300 à 1 000 licences. Après avoir identifié celles pour lesquelles l’inventaire forestier comprenait de l’ipé, les enquêteurs ont fait la liste des licences pour lesquelles l’ampleur des volumes d’ipé enregistrés était suspecte et celles pour lesquelles les volumes par hectare semblaient excessifs quand comparés à la densité moyenne de la population de cette essence.

Greenpeace disposait alors d’une liste de 104 concessions pour lesquelles il existait des soupçons raisonnables concernant la sur-déclaration des volumes de bois, potentiellement pour permettre le blanchiment de bois provenant d’autres zones. Les 104 concessions ont ensuite été passées au crible de toute une série de critères, y compris : la taille couverte par l’autorisation, l’année de validation, si elles avaient été déclarées comme contenant de l’ipé et les informations visuelles fournies grâce aux inspections aériennes de concessions choisies.

Bien que les inspections aériennes ne soient pas à la portée de la plupart des ONG, l’analyse des images satellites peut dans une certaine mesure jouer le même rôle [voir Un œil dans le ciel : comparer les permis avec les données satellites]. Greenpeace a alors pu dresser une liste de 18 autorisations qui ont été la cible de leur travail de terrain. Le nombre d’infractions relevées dans 14 des 18 autorisations était suffisant pour justifier l’annulation du permis d’exploiter.