6. Les traces écrites au Pérou

Au Pérou, l’organisme de contrôle des ressources forestières et de la faune (OSINFOR) est une agence étatique qui réalise régulièrement des inspections inopinées dans les concessions forestières exploitées récemment. Au cours de ces inspections, les fonctionnaires de l’OSINFOR évaluent dans quelle mesure l’extraction du bois s’est faite dans le respect de la réglementation. Ils évaluent également un échantillon de forêt pour vérifier si les volumes déclarés par l’exploitant sont conformes à la réalité. Ces inspections donnent lieu à la production de rapports de contrôle qui listent les infractions telles que les faux inventaires, l’exploitation illégale et l’usage abusif des permis pour blanchir le bois.

En vertu de la loi sur la transparence et l’accès à l’information publique du Pérou, l’ONG Environmental Investigation Agency (EIA) s’est procurée les rapports de surveillance pour les inspections réalisées de 2008 à 2011. Plus de 200 concessions couvertes par les rapports avaient fait l’objet d’infractions graves. L’EIA a comparé les informations contenues dans ces rapports avec les permis d’exportation de la CITES pour le cèdre espagnol et l’acajou à grande feuille du Pérou (permis obtenus grâce à la même loi sur l’information). Cela lui a permis d’identifier plus de 100 permis utilisés pour exporter vers les États-Unis des essences menacées d’extinction. Les permis ont permis de montrer le lien direct entre ces essences et les concessions dans lesquelles OSINFOR avaient trouvé des preuves d’activités illégales.

En théorie, les permis de la CITES donnent le nom de la concession d’origine et dans certains cas ils étaient liés à des concessions où OSINFOR n’avait trouvé aucune exploitation illégale. Dans la plupart des cas cependant, les concessionnaires avaient falsifié les inventaires pour gonfler les volumes d’essences menacées dont ils disposaient légalement. Les permis de la CITES indiquent également le nom des importateurs de bois aux États-Unis. Aussi, en utilisant le même procédé l’EIA a pu faire clairement le lien entre l’exploitation illégale et le marché